Me revoici....la photo est en place, je peux continuer...
En cet automne radieux, notre promenade
de prédilection c’était d’aller dans cette ferme au
pied de la Madone, statue érigée depuis le temps de la Marine à
voile sur le Rhône pour protéger les marins de la violence du
fleuve. Cette ferme était la même qu’au I8ème siècle avec son
pétrin ou l’on faisait encore du pain, son immense
four, ses lits à courtines, et ses animaux aux croupes croûtées
d’écailles de fumier désséché, et le fameux cochon boueux
jusqu’aux oreilles, pataugeant dans son auge pour en lécher
les dernières gouttes de nourriture... !
Ah ! Nous étions bien loin
de notre appartement douillet ! Maman ne disait rien, mais je
voyais sombrer son moral peu à peu, beaucoup à cause de Bonne
Maman qui perdait tout sens commun...et Jeannine ! Un problème
cette enfant.! Un jour, elle a rendu Maman
presque folle, et ma grand mère au bord de la syncope !
Jeannine n’était pas une enfant sage comme nous
l’avions été...Un soir Maman l’appelle pour aller au
lit...Comme le chien de Jean de Nivelle, elle court à l’autre
bout de la pièce à toutes jambes, bute sur le sol inégal et va
s’écraser sur l’angle du mur d’en face : une
blessure de 4 cms de long qui saignait à flot. Simone s’en
souvient...moi je cherchais partout de quoi faire un pansement
solide, nous avions peu ce choses, J’ai déchiré des drap,
Maman ne savait comment arrêter cette hémorragie...enfin au bout de
longues minutes la petite calmée, le pansement bien serré, le sang
a cessé de couler...Voir un Docteur ?... où aller le
chercher ?....passer une radio ? ...ce n’était pas
la mode.
Mais nous étions dans un coin
perdu, loin de tout. Il fallait se débrouiller seules, sans
téléphone, dans la nuit noire, Bonne Maman disait ses prières à
genoux avec Simone, Maman effondrée et Jeannine enfin
calmée...elle a dormi toute la nuit. Elle avait perdu tant de sang
que l’on se réveillait pour voir si elle vivait encore.
Cela a beaucoup ébranlé les nerfs déjà fragiles de Maman.
Un autre jour, la belle soeur de Maman
qui avait de la famille à Pélussin est venue nous
voir, en autocar, cela nous changé un peu les idées.... La
route carrossable passait assez loin de notre maison au sommet du
plateau. Le soir nous avons, reconduit notre Tante là où devait
s’arrêter l’autobus...la nuit tombait
...l’autobus ne passait pas...nous avons attendu je ne sais
combien de temps : je n’osais pas laisser notre tante
seule dans cet endroit qu’elle ne connaissait pas, dans cette
nuit noire... Et si ce car ne passait pas ?...je ne pouvais
pas non plus aller prévenir Maman que ce car n’arrivait pas,
c’était trop loin...Enfin dans la nuit noire, sans lune, le
car est enfin arrivé...Heureusement je voyais assez bien la nuit,
guidée par les étoiles et les vagues lumières tout en bas vers le
Rhône...Nous sommes revenues sans encombres. à la maison..Mais au
loin nous avons entendu Maman pleurant en agitant sa petite lampe
tempête, en nous appelant : « Ah mes chéries,
où êtes vous ?...Ah vous êtes perdues.... »
et c’était affreux à entendre.... « Jamais je
ne vous reverrai... :
.En accourant auprès d’elle nous avons
bien cru qu’elle devenait folle, d’angoisse, écrasée
par trop d’épreuves.....mais la joie de nous revoir après
cette soirée dramatique a achevé de l’apaiser.
Enfin nous avons réussi à la calmer, je
l’ai assurée que je n’étais plus une petite fille, que
je voyais bien même en pleine nuit, et que je ne pouvais pas
laisser Jo, la belle soeur, toute seule dans le noir, coucher à la
belle étoile, ni la ramener à notre maison....C’est peut-être
ce que j’aurais dû faire...mais où la mettre ?
J’ai été prise entre deux feux...je n’aurais pas dû
écouter ma tante qui voulait retourner à Pélussin à tout
prix !Jamais nous n’avions vu Maman, dans cet
état !
C’est depuis ce jour, je crois,
j’en suis même sûre, que je me suis jurée d’être la
femme forte de la famille, d’assumer mes soucis, de suivre
mes idées, de me fier à ma raison, de la protéger, de la
raisonner, de la persuader d’avoir confiance en moi et de
l’aider plus tard à obtenir tout ce dont elle aurait
envie.
Maman depuis ce jour m’a fait confiance pour beaucoup de
décisions à prendre.
Pour parachever cette
situation d’épreuves, Papa est arrivé complètement
découragé : « Je vais rester avec vous, je ne trouve
rien, toutes les usines ferment, il n’y a pas de travail...je
vais prendre le vélo et aller ramasser les peaux de
lapin.....il parait que ça
gagne... » A peine avait-il fini sa phrase
que Maman a retrouvé toute sa raison et a poussé les « hauts
cris » ! « Mais voyons
Pierre ! Toi un Chef Comptable, tu vas te transformer en
« romanichel ? Mais tu perds la tête ? Non, il
n’en est pas question, tu vas trouver du travail, j’en
suis sûre ! »
Ah ! J’avais retrouvé Maman et sa bonne
logique ! Papa est reparti, « regonflé », et
j’ai pu continuer à tricoter cette pèlerine en paix....car
NOEL approchait...
Mais nos ennuis ne sont pas finis
!......suite très bientôt